19 janvier 2008
Beaudelaire, je t'aime
Le soleil
Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s'évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir !
Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s'introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.
Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)
Commentaires
j'ai étudié beaudelaire au cégep... j'ai beaucoup apprécié! J'adore la poésie.
Je vais te faire une confidence... j'ai jamais lu ses oeuvres. Mahahaha J'ai lu sa biographie, tellement aimé que je l'avais piqué à la biblio de la poly. Ahhh folle jeunesse ! ;)
FDM: J'adore Beaudelaire, sa façon de jouer avec les mots m'ensorcèle mais je ne m'y connais pas beaucoup en poésie :-/
La Fêlée: Ben il n'est jamais trop tard pour le faire si tu en as envi un jour :-)
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